Une question qui revient souvent lors des ateliers « Donnez vie à vos valeurs » est : quelle différence faire entre les besoins et les valeurs ?

On pourrait se contenter de ces définitions simples :

Besoin : ce qu’il me faut pour me sentir bien psychiquement et physiquement

Valeurs : ce qui est important pour moi

Mais allons plus loin…

Pour faire le parallèle entre besoins et valeurs, j’utilise la pyramide de Maslow. Abraham Maslow était un psychologue américain qui est connu pour avoir travaillé sur la hiérarchie des besoins qui par la suite a été représentée sous forme de pyramide.

Avec cette représentation, je vois 2 façons d’y intégrer les valeurs.

 

Façon 1

La pyramide de Maslow détaille 5 catégories de besoins : les besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance, d’estime de soi et d’accomplissement de soi (ou encore de recherche de sens).

C’est dans cette dernière catégorie que les valeurs peuvent entrer en jeu. Pour s’accomplir en tant qu’être humain, il est essentiel de s’intéresser à ce qui est important pour soi. Et une fois que tous nos autres besoins sont satisfaits, alors nous pouvons nous attarder sur nos valeurs, leurs significations et leur mise en pratique pour compléter notre pyramide de Maslow (figure 1).

Figure 1 : Pyramide de Maslow et les valeurs comme moyen de répondre au besoin d’accomplissement

C’est une façon de voir les choses, qui suppose une hiérarchie entre besoin et valeur : répondre à ses besoins d’abord pour pouvoir s’intéresser à ses valeurs ensuite. Pourquoi pas. Mais il me semble que cette vision là a tendance à omettre le fait que nous sommes sans cesse en train de répondre à nos besoins. Séparer hiérarchiquement besoin et valeur peut mener à une confusion, et empêcher d’aller vers une vie pleinement épanouissante.

Par exemple, si une personne se sent seule et est isolée, il est possible que son besoin d’appartenance ne soit pas satisfait. Si cette personne se pose la question « Quelles sont mes valeurs ? » en pensant répondre à son besoin ultime d’accomplissement de soi, il est possible qu’elle se dise « Pour moi ce qui est important c’est d’être entourée d’autres personnes, sinon je me sens seule ». Ici elle semble confondre son besoin de lien et l’importance qu’elle alloue au lien à l’autre. Toute personne a besoin d’un lien avec autrui (à des degrés plus ou moins élevés), mais certaines personnes peuvent se contenter d’avoir leur besoin d’appartenance satisfait et d’autres peuvent dépenser plus d’énergie à vouloir créer et entretenir des liens car c’est important pour elles.

Notons tout de même, que nos valeurs se construisent tout au long de nos expériences de vie. Donc les expériences personnelles où des besoins n’ont pas été satisfaits peuvent jouer un rôle sur les valeurs que la personne priorise. La personne dont un besoin n’a pas été satisfait dans l’enfance ou à un autre moment de la vie va être plus encline à défendre des valeurs visant à répondre à ce besoin insatisfait à une certaine époque. C’est normal. Mais cela ne veut pas dire que ce besoin en question n’est pas satisfait toute la vie, mais que la sensibilité s’est développée dans un certain sens plutôt qu’un autre.

Par exemple, si une personne est victime d’une situation injuste dans son enfance, cela touche certainement son besoin de sécurité. Plus tard, même si la personne ne se retrouve plus dans des situations injustes ou insécurisantes, la personne peut avoir développé un sens fort de la justice ou de la sécurité émotionnelle, qu’elle pourra placer haut dans son système de valeurs.

 

Façon 2

Nous sommes sans cesse en train de répondre à nos besoins. Alors pourquoi ne pas lier une vie en accord avec nos valeurs à la satisfaction de nos besoins ?

En effet, nous pouvons voir les valeurs comme une aide à la réponse à nos besoins (figure 2).

Je dois me nourrir, mais comment vais-je le faire ? Cela dépend de ce qui est important pour moi.

– Je peux choisir de me nourrir avec des produits répondant à certains critères de santé et avec un impact environnemental moindre ou juste vouloir me faire plaisir avec des produits moins qualitatifs.

Je recherche de la compagnie, où vais-je la trouver ? Cela dépend de ce qui est important pour moi.

– Je peux trouver du sens à vouloir faire des rencontres sur des sites spécialisés pour avoir le « choix » ou dans des activités sportives ou caritatives pour rencontrer des gens qui partagent les mêmes valeurs que moi.

Je cherche une occupation professionnelle, que vais-je faire ? Cela dépend de ce qui est important pour moi.

– Je peux me diriger vers une activité professionnelle qui me garantira un bon revenu ou un contexte de travail me permettant d’avoir des relations bienveillantes avec mes collègues ou encore un métier qui me fera me sentir utile à la société.

Figure 2 : Pyramide de Maslow et valeurs comme moyens de répondre à l’ensemble des besoins

J’ai tendance à dire que les valeurs résument notre « pourquoi », mais là, les valeurs deviennent le « comment » nous répondons à nos besoins. Mais en même temps, nous ne vivons pas pour répondre à nos besoins, mais répondre à nos besoins nous permet de vivre. Et donc la réponse à nos besoins est autant d’occasions pour mettre du sens dans notre vie, autant d’occasions au service de notre pourquoi.

 

Valeurs de but et de processus*

Finalement, ces deux façons de voir les choses sont complémentaires. Si on prend la première façon de voir les choses, les valeurs sont ce qui permet de nous accomplir en tant qu’être humain. Il s’agira alors des valeurs de but : ce à quoi on aspire profondément (notre ‘pourquoi’).

Par exemple, si je fais des choses afin de me sentir libre, la liberté est ma valeur de but. Si je fais les choses dans le but d’aider les autres et afin que chacun et chacune puisse avoir sa dignité respectée, ma valeur de but ou mon pourquoi est « aider les autres » ou l’altruisme ou tout autre mot qui vous parle.

 

Et la seconde façon de voir les choses nous dit que les valeurs qui nous permettent de répondre à nos autres besoins sont des valeurs de processus : les valeurs qui en étant sollicitées nous donnent les moyens d’arriver à nos valeurs de but (nos ‘comment’).

En reprenant notre exemple, si pour me sentir libre je dois passer par un statut d’indépendant ou par l’acquisition d’une maison loin de la ville. Alors l’indépendance et la vie à la campagne sont mes valeurs de processus.

Si aider les autres signifie pour moi d’être à leur écoute des besoins des autres, et d’être dans des relations bienveillantes. Alors l’écoute et la bienveillance deviennent mes valeurs de processus.

*Les valeurs de but et de processus sont des notions tirées de la PNL (Programmation Neuro-Linguistique)

Un dernier point pour la route

Une valeur et un besoin sont finalement assez proches et ce n’est pas grave de les mélanger quand il s’agit de s’interroger sur ses valeurs ou ses besoins.

Mais il me semble important de ne pas confondre ses valeurs avec ses besoins non satisfaits liés à sa situation présente. Si j’ai subitement l’impression que des choses deviennent importantes pour moi alors qu’elles ne l’ont pas toujours été, je peux prendre le temps de comprendre les raisons de ce changement.

Par exemple, imaginons qu’en temps normal je n’ai pas l’habitude de privilégier la sécurité, mais un événement extérieur exceptionnel me fait d’un coup voir en premier la nécessité de garantir ma sécurité et celle de mes proches. Alors c’est sans doute la situation exceptionnelle qui a altéré la satisfaction de mes besoins (besoin de sécurité) mais cela ne change pas nécessairement la hiérarchie de mes valeurs.

 

Soyez rassurés, tout ce travail d’introspection reste souple : les valeurs se reformulent tout au long de la vie, nos besoins fluctuent en fonction du contexte extérieur.
L’essentiel est d’être attentif à ce qui se passe en soi.


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