Pour une société équilibrée

J’ai assisté à une conférence sur les économies féministes dans le cadre du Forum Régional des Economies Transformatives à Toulouse le 22 novembre 2019. En préparation du forum mondial social de Barcelone qui aura lieu en juin 2020, ce forum s’inscrit dans l’effort international de rendre visible tous les acteurs et initiatives qui changent la donne du fonctionnement de notre monde.

Notre monde (occidental) s’est principalement construit suivant les règles du capitalisme qui conçoit la Nature comme objet et du patriarcat qui réduit la femme à, elle aussi, un objet. Avant l’avènement du capitalisme exacerbé, les femmes avaient des fonctions dans la société les rendant en quelque sorte responsables du bien commun. Au fil du temps, elles ont été infantilisées, considérées comme mineures, violentées, minimisées, … Non seulement les grandes victimes du système capitalo-patriarcal sont la Nature, les femmes et les minorités, mais comme ce sont les femmes qui principalement apportaient le soin à la Terre et aux communautés, la peine est double. C’est pour ça que la cause de l’écologie et celles des femmes et des autres parts de la population invisibilisées sont éminemment liées. C’est pour ça que lors de marche pour le climat vous voyez aussi des mouvements féministes et LGBT+. Moi-même je participe autant que possible au mouvement pour le climat et au mouvement NousToutes par exemple.

Les économies féministes, c’est quoi ? Déjà, le terme est employé au pluriel étant donné la pluralité des identités à représenter afin de rééquilibrer l’économie.

La chercheure brésilienne, Luciane Lucas Dos Santos, nous a expliqué les différents éléments inclus dans les économies féministes :

  • le travail domestique non rémunéré : c’est vrai ça, pourquoi une personne qui s’occupe de son foyer ne pourrait pas être valorisée financièrement pour ça ? N’est-ce pas un travail indispensable pour la société ou alors ce qui se passe dans le privé n’a vraiment aucun rapport avec le public ?
  • le travail émotionnel
  • le fait que les salaires entre les femmes et les hommes sont inégaux : 15,4% d’écart en France (Eurostat, 2019)
  • le fait que l’accès aux différentes positions (métiers, postes, fonctions) soit genré : quelques envies de briser le plafond de verre ? oula pas si vite mon poussin…
  • la distribution des tâches domestiques et de l’économie du soin : pourquoi le salaire d’un·e ingénieur·e de conception d’avions serait plus élevé que celui d’un·e infirmièr·e ?

L’économie capitaliste repose sur les échanges ayant lieu sur un marché : mais est-ce tout ce qu’il se passe dans l’économie (à savoir les flux et échanges de marchandises, d’information, de connaissances, …) ? La notion d’économies féministes met en lumière le dessous de l’iceberg. L’économie de marché n’existerait pas sans tout ce qu’il se passe en dehors du travail rémunéré.

Intersectionnalité

Une autre notion indispensable pour penser les économies féministes, est la notion d’intersectionnalité. « Une femme noire est la première opprimée et la plus violentée » explique Mônica Benício, également présente à la conférence et tristement connue pour être la compagne de Marielle Franco, parlementaire brésilienne assassinée en 2018.

Intersectionnalité ? Pour mieux comprendre, je vous renvoie vers la géniale newsletter Les Glorieuses qui pourrait se résumer par les propos de Carmen Diop : « La condition des femmes blanches n’est pas représentative de toutes les femmes. »

Et je vous offre en prime la définition de wikipédia que même mon correcteur orthographique vient d’apprendre :

« L’intersectionnalité étudie les formes de domination et de discrimination non pas séparément, mais dans les liens qui se nouent entre elles, en partant du principe que les différenciations sociales comme le genre, la race, la classe ou l’orientation sexuelle ne sont pas cloisonnées, ou encore les rapports de domination entre catégories sociales ne peuvent pas être entièrement expliqués s’ils sont étudiés séparément les uns des autres. »

Femmes et hommes racisé·e·s, pauvres, femmes hétérosexuelles, lesbiennes, bisexuelles, personnes non-binaires, … Même Terre mais pas même sac quand il s’agit de comprendre la vie vécue par chacun·e.

Pour revenir à la question de l’économie, j’élargirai en disant que la condition des individus blancs n’est pas représentative de tous les individus. Ainsi les économies féministes nous plongent dans « la déconstruction des représentations véhiculées dans la société et ce avec empathie et solidarité ». Et si vous cherchez quoi faire après la lecture de cet article, vous pouvez commencer par ça : comprendre vos a priori par rapport à des catégories de personnes car nous baignions dans un système bercé par des pensées pré-construites, questionner des fonctionnements de la société qui pourraient être des évidences pour vous mais pas forcément pour d’autres.

Economies féministes et solidaires ?

Les économies féministes contribuent à l’économie solidaire dans la mesure où :

  • elles démontrent les asymétries de genre dans l’économie solidaire
  • elles mettent en évidence le regard androcentrique (mode de pensée, conscient ou non, uniquement ou en majeure partie basé sur le point de vue des êtres humains de sexe masculin) sur l’économie 
  • elles appellent à porter attention sur le monde du travail non rémunéré (non seulement le travail domestique mais on peut certainement élargir à tout le bénévolat dans des projets contribuant à l’intérêt général)

En somme, « l’économie solidaire n’existera que si elle est féministe » permettant ainsi de replacer l’humain au centre du débat économique et de lutter contre tout ce qui ne prend pas en compte la vie.

Bon voilà, mon objectif n’était pas forcément de faire un exposé exhaustif de ce que j’ai appris. Vous renseigner par vous-mêmes auprès de sources plus pertinentes que moi est une bonne idée. En plus, il parait qu’il existe plein de courants pour les économies féministes : libérale, socialiste, radicale, intersectionnelle, écoféministe, post-colonialiste, décolonialiste, … A vos recherches !

 

Et pour ancrer tout ça dans vos oreilles et votre corps, je vous dirige vers cette playlist Spotify : du féminisme du Brésil et d’ailleurs, attention ça remue 😉

 

Big up à mon correcteur automatique d’orthographe qui a appris plein de mots avec cet article et qui reste presque indulgent sur l’écriture inclusive : intersectionnalité, racisée, genré, invisibilisées, transformative, c’est bien la preuve que les choses changent non ?

 

Catégories : Cohérence

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