Cet été, j’ai fait des puzzles. J’ai toujours été une fan du fait de passer des heures et des heures à trouver la place de chaque pièce pour former l’image attendue.

J’ai fait d’autres types de puzzle cet été :

En cette rentrée, je me surprends à trouver l’analogie avec l’art de faire un puzzle avec tout ça.

Le montage du film est finalement un puzzle géant dont je ne connais pas l’image finale attendue (ni les pièces à certains moments).

La pensée complexe est un mode de pensée permettant d’appréhender notre monde qui est fait de systèmes. Un corps humain, notre cerveau, un être vivant, une famille, une maison, une ville, une voiture, un ordinateur, le cycle de l’eau, les Nations Unies, la planète Terre, le système solaire… Autant de systèmes dont on peut faire partie et que l’on peut étudier afin de mieux construire notre réalité.

 « Un système est un ensemble d’éléments en interaction dynamique, organisé en fonction d’un but. »

Joël de Rosnay

Les systèmes peuvent être perçus comme complexes. Voici quelques caractéristiques de cette complexité illustrées avec l’art du puzzle (liste non exhaustive mais que j’estime suffisante pour se rendre compte de ce que la pensée complexe implique).

Le contexte, la relativité

Pour faire un puzzle, on commence généralement par les bords. On les repère grâce à leur côté nettement plat. On pourra se surprendre à trouver des pièces qui veulent faire croire être des bords mais qui n’en sont pas. Les bords sont le contexte, les limites du système étudié. Parfois les limites sont floues et il faut redoubler d’attention pour les clarifiées afin de passer à l’étape suivante. Et si le contexte n’est pas bien déterminé (les bords bien positionnés), on se retrouve dans des situations plus difficiles à appréhender (un puzzle plus difficile à terminer).

Les incertitudes

Ensuite, la méthode peut différer suivant les personnes. Certain·e·s retournent toutes les pièces pour quelles soient visibles afin de les regrouper par couleur. D’autres, souvent par soucis de place, fouillent dans la boite contenant tout le reste des pièces en sortant petit à petit les pièces qui correspondent à une couleur ou à quelque chose d’identifiable. La première méthode est beaucoup plus efficace mais nécessite une grande table ! Cette étape montre qu’on peut à la fois voir tous les éléments du système ou bien manquer de visibilité et donc devoir faire face à l’incertitude issue de l’imperfection de notre regard. On peut tenter d’éliminer le plus d’incertitudes possible avec beaucoup de patience et de concentration, mais il en restera toujours un peu : les pièces qu’on ne trouve pas et les pièces qu’on n’arrive pas à placer. Parfois, ces incertitudes créent des opportunités inattendues : prendre une pièce qui nous paraissait reconnaissable et finalement se rendre compte que c’est la pièce que l’autre cherchait depuis tout à l’heure ;).

L’ambivalence

Une fois les pièces rangées par couleur ou région de l’image, il s’agit d’arriver à les placer (les 2 processus se passent souvent en même temps). Ici, certain·e·s prennent une pièce et utilisent le modèle pour trouver son emplacement, d’autres choisissent un endroit et se lancent dans la recherche de la pièce correspondante suivant la couleur, le dessin ou la forme des trous. Comme expliqué plus tôt, certaines pièces se ressemblent énormément. Ceci n’a pas la seule utilité d’énerver les puzzleurs* au plus haut point mais ajoute un certain réalisme à notre démonstration. En effet, un élément d’un système n’a pas toujours qu’une seule fonction. Par exemple, dans mon système famille, je suis à la fois la fille de mes parents ET la soeur de mes frères et soeurs ET je n’entretiens pas la même relation avec chacun·e d’entre eux pris séparément. Dans un ordinateur, la souris sert à la fois à se déplacer, cliquer ET faire défiler les informations affichées ….

Ces pièces ambivalentes ont leur place dans le puzzle, en plus du fait d’ajouter de la difficulté et rappeler cette dimension d’ambivalence au sein d’un système aux puzzleurs.

L’interdépendance

Le caractère interdépendant des pièces d’un puzzle n’est pas compliqué à comprendre. Sans ses pièces voisines, une pièce ne peut faire partie du système puzzle. L’art de faire un puzzle réside dans cette capacité à retrouver les relations et les réseaux au sein du système. Dans un système, qu’il soit humain, social, mécanique, informatique, urbain, les éléments s’agencent de façon à obtenir des flux (d’informations, d’énergie, …) et des dynamiques afin d’obtenir un résultat. Ici on peut noter une différence entre un puzzle et un autre système : un puzzle est figé alors que beaucoup de systèmes accueillent en leur sein beaucoup de mouvements.

Le tout cohérent

Une fois qu’on a fini de jouer avec le contexte, les incertitudes de la méthode, l’ambivalence des pièces et leur interdépendance, le puzzle peut être en fin déclaré terminé ! Nous obtenons l’image attendue ou ce « tout relativement cohérent et homogène » (définition d’un système par l’association du jeu de la ficelle).

Souvent, les personnes qui ne participent pas à l’activité puzzle et qui disent ne pas aimer les puzzles sont intriguées voire impressionnées par la technicité et concentration déployées par les puzzleurs. Je les vois souvent s’essayer discrètement à prendre une pièce au hasard et d’essayer de la positionner. Hors mis si la personne a de la chance, cela ne marche pas et ça se solde par la personne qui repart après qu’on le lui ait fait remarquer que « Non il ne faut pas forcer ». Car les éléments d’un système ne se placent pas par hasard, sinon ils ne pourraient constituer un tout cohérent qui fonctionne.

L’impermanence

Une fois que le puzzle est fini arrive le grand moment fatidique : « On le défait ? » Je ne sais pas vous, mais moi j’ai besoin d’attendre avant de le défaire. Etant donné toute l’énergie déployée et le temps consacré, j’aime savourer cet instant (il me faut quelques jours généralement). D’ailleurs, les personnes qui sont capables de détruire un puzzle juste après l’avoir terminé m’impressionnent. J’imagine qu’elles ont moins de soucis que moi à faire avec l’impermanence de toute chose :).

L’impermanence du puzzle réside également dans les pièces qui ont disparues en cours de route. Leur absence s’est fait ressentir durant l’assemblage des pièces « Ah je l’ai cherché pendant tellement longtemps cette pièce alors qu’elle n’était pas là ! ». Mais cela n’empêche pas d’arriver à l’image attendue et d’avoir ce tout cohérent qui fonctionne. Je vous laisse faire le parallèle avec la vie vous même… et s’en inspirer comme une belle leçon de lâcher prise !

 

Du puzzle tous les jours

Finalement, le puzzle nous apprend plein de choses pour notre quotidien :

  • Remettre les choses dans leur contexte : tout est relatif suivant l’échelle, la géographie, le temps dans lequel on se place.
  • Accepter les incertitudes et en faire des opportunités : nous ne savons pas tout, les choses évoluent très vite et pourtant il faut avancer.
  • Embrasser l’ambivalence de toute chose et refuser les cases dans lesquelles on essaye de nous placer.
  • Remercier l’interdépendance : nous ne sommes pas seuls et isolés dans la communauté humaine.
  • Apprécier les choses dans leur globalité et éviter de se focaliser trop sur les détails (une fois le puzzle terminé ;))
  • Accepter leur impermanence et savoir reconnaitre lorsque notre relation aux objets, aux personnes, aux lieux n’est plus constructive.

 

Si vous avez du mal avec l’un ou plusieurs aspects de cette approche, faites des puzzles 🙂

Qu’en pensez-vous ? Dites le moi en commentaire ! 🙂

 

*comprenez une personne qui fait un puzzle

Crédits photos : Agathe et Juliet

Catégories : ComplexitéRéflexions

3 commentaires

Justine · septembre 6, 2018 à 18:02

Merci pour ce parallèle éclairant. Je pensais avoir un problème avec la pensée complexe mais peut-être pas en fait… ce que j’en ressors quand je fais du montage audio, c’est la satisfaction d’avoir tout bien rangé et trié. Mais parfois, comme en ce moment en fait, je n’arrive pas à m’y mettre. C’est le bazar dans ma tête et dans mes projets. J’ai la pression. J’arrive pas à sortir les pièces de puzzle de la boîte.

Juliet · janvier 8, 2019 à 12:30

Merci pour ce bel hommage et ce parallèle avec la pensée complexe 🙂 Je ne ferai plus un puzzle de la même manière maintenant ! D’ailleurs j’ai une récente acquisition de 3000 pièces.. Tu viendrais t’y essayer ?
Côté parallèle (pour moi c’est le projet pro), j’ai réussi à sortir les pièces du puzzle (merci à ce merveilleux outil qu’est la carte mentale, c’est super pratique pour ralentir le petit vélo dans la tête), je dois avoir une partie des bords qui sont faits, mais mon cerveau me joue des tours : à chaque fois que je prends une pièce, en sachant exactement où elle doit aller, les contours changent et elle ne s’emboîte plus !

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