Photo by Clément Gerbaud on Unsplash

C’est ainsi que j’ai nommé un cours que j’ai dispensé en mai dernier. Il s’agissait d’un cours d’ouverture à l’EPF école d’ingénieur·e·s de Montpellier. Les étudiant·e·s avaient eu à choisir parmi un large choix de cours sur des sujets divers rompant avec les cours d’ingénierie habituels. J’ai eu le plaisir d’animer 2 jours de cours complet sur les valeurs, la réflexivité et la pensée complexe auprès de 8 étudiant·e·s volontaires et attentifs.

Mon intention était d’inviter ces étudiant·e·s à découvrir d’autres manières de pensées à travers les objectifs suivants :

  • Comprendre que notre vision des choses dépend de notre histoire personnelle et que des visions différentes cohabitent
  • Comprendre le concept de valeurs humaines
  • Tirer des enseignements d’une expérience personnelle
  • Explorer la complexité autour de soi

Je me suis amusée à concevoir des ateliers ludiques avec différents outils et à varier les sources d’informations. En 2 jours, les étudiant·e·s ont pu vivre des ateliers de réflexion individuels et collectifs avec des outils tels que : un photo langage, un jeu de discussion mouvant,  la pleine conscience, une carte mentale, une carte conceptuelle, … En se documentant auprès de vidéos youtube, mon propre témoignage, des extraits d’interviews, des textes, des schémas et surtout leurs propres ressentis !

Alors, que s’est-il passé ?

Début des 2 jours :

Nous avons pris le temps de spécifier leurs attentes envers ce cours en tout début de séance. En effet, je ne savais pas quelles informations ils ont reçu et c’était primordial de savoir ce qu’ils projettaient sur ce qu’ils allaient vivre pendant 2 jours. Certains s’attendaient à de la philosophie, de la psychologie et d’autres cherchaient du débat ou juste de la nouveauté.

Afin de mesurer l’impact du cours, je leur ai fait remplir un questionnaire avec des questions sur leur vision du monde (comment s’est-elle construite, est-elle figée ou va-t-elle encore évoluer), leurs valeurs (peuvent-ils les nommer ou non), leur représentation de la pensée complexe. Les mêmes questions ont été posées à la fin du deuxième jour de cours.

Puis nous avons pris un temps de respiration pour poser l’état d’esprit souhaité pour le cours : bienveillance, écoute de soi et des autres, silence pour mieux penser et laisser la liberté aux autres d’échanger, partage de ce qu’on est prêt à partager.

Pendant le cours :

Je répète que ces étudiant·e·s avaient choisi ce cours. Il me semble que ceci était une circonstance permettant le bon déroulement des ateliers et de créer l’interaction.

Chaque étudiant·e était muni d’un « Cahier de pensées » conçu selon le déroulé des ateliers et à l’image d’un portfolio. Après chaque atelier, chaque étudiant·e prenait un temps de réflexion pour poser à l’écrit ce qu’il ou elle retenait de l’atelier, ce qui l’avait surpris·e et quelles émotions ont été ressenties. Cet exercice récurrent était un moyen d’inviter la réflexivité au coeur de leur esprit d’étudiant·e.

Puis un temps d’échange était pris pour discuter des différentes expériences personnelles ressortant de l’atelier personnel ou collectif. Les étudiant·e·s ont pour la grand majorité adoré d’être dans une démarche réflexive qui était d’autant plus nourri par le partage avec les autres. 2 ont moyennement aimé cette récurrence de la réflexion. Cette nuance est à noter étant donné que c’est une habitude à prendre qui est très peu encouragée dans les cursus scolaires.

Les moments forts :

Clarification des valeurs

Après avoir échangé sur ce qu’est une valeur en partant de la vidéo de Et tout le monde s’en fout et avec mon interview de Robert Zipplies de Common Cause South Africa (à paraitre), les étudiant·e·s ont pu clarifier leurs valeurs personnelles. A l’aide du référentiel de Shalom Schwartz sur les 10 valeurs universelles, chacun a essayé de :

  • hiérarchiser ses valeurs,
  • s’interroger sur comment il ou elle les met en application,
  • se demander si ses valeurs sont en lien avec les valeurs de son entourage proche et éloigné,
  • réfléchir à pourquoi cette valeur à cette position dans sa hiérarchie des valeurs.

J’ai également fait l’atelier pour l’expérimenter en même temps qu’eux. Ce travail introspectif, personnel voire intime n’est pas aisé, mais le fait d’être dans cette démarche a énormément plu aux étudiant·e·s. C’était complètement nouveau pour eux. La plupart ont gagné en connaissance de soi : mieux connaitre ses valeurs permet de comprendre ce qui motive nos attitudes et comportements, prendre conscience ce qui fait de nous ce que nous sommes, … Un autre gain est l’ouverture vers les autres. Car oui, quand on réfléchit à ses propres valeurs, on comprend que les autres ont aussi leurs valeurs qui motivent leurs choix et comportements. Ainsi on n’a d’autre choix que d’être plus tolérant en cas de désaccord.

Avant le cours : 3 étudiants disaient connaitre leurs valeurs mais ne savaient pas les nommer, les autres ont réussi à nommer leur valeurs.

Après le cours : Plus qu’un étudiant ne réussissait pas à mettre des mots sur ses valeurs et les autres ont pour la plupart adapté leurs valeurs au référentiel des 10 valeurs universelles.

Des possibles et des souhaits 

J’ai pu à nouveau faire vivre mon jeu de discussion mouvant à des étudiant·e·s ingénieur·e·s. L’objectif est d’inviter chacun à s’interroger si une proposition socio-technique est techniquement possible ou impossible et si elle est souhaitable ou non souhaitable. Exemples de propositions : cloner un être humain, manger végétarien à l’échelle mondiale, accueillir les réfugiés qui sont aux portes de la France, …

Avant le cours : 4 étudiant·e·s ne savaient pas s’ils étaient capables ou se disaient incapables de se positionner par rapport à une question controversée

Après le cours : Les 8 étudiant·e·s ont déclaré être capables de se positionner par rapport à une question controversée (certainement grâce à l’atelier de discussion mais aussi à la clarification des valeurs).

Débat à partir d’une chaussure

A la fin du premier jour, j’ai tenté une expérience intéressante. Pendant ma formation d’éducation au développement durable, j’avais découvert le principe du débat à partir d’un objet de la vie quotidienne.

C’est dans ce cadre là que j’ai osé ôter une de mes chaussures qui ce jour-là étaient des converses vertes. Devant les yeux ronds des étudiant·e·s, j’ai posé la chaussure sur une chaise et leur ai posé une seule question : « A quoi sert cet objet ? ». S’en est suivi 20 minutes de discussion autour du rôle des chaussures (ça sert à marcher ou à protéger ? pourrait-on s’en passer ?), la tenue des professeurs (s’attend t-on à une tenue particulière ou non), l’image renvoyée aux élèves, le choix de la couleur (cela a-t-il un lien avec la personnalité de la personne qui les porte), le choix de porter de la marque ou non, les conditions de travail des personnes ayant fabriqué la chaussure, … Ce premier essai m’a permis de leur faire expérimenter la complexité pouvant être perçue autour d’un seul objet. Ceci s’explique du fait des représentations sociales qui différent selon les individus et de toutes les interactions utiles à la présence de l’objet à un instant donné dans un contexte précis.

Et vous, qu’auriez-vous pensé si une professeure était venue en cours chaussée de converses vertes ? 😉

Cycle de Kolb

Le lendemain, j’ai proposé aux étudiant·e·s de tirer des enseignements d’une expérience vécue personnellement grâce au cycle de Kolb.David Kolb, théoricien américain de l’éducation du XXème siècle, dit que l’expérience n’engendre pas systématiquement de la connaissance et qu’un processus réflexif peut être nécessaire pour tirer des leçons des situations vécues.

Les étudiant·e·s ont donc mené une réflexion personnelle grâce à l’outil conçu pour les accompagner dans :

  • l’analyse de la situation vécue personnellement,
  • la construction de connaissance (d’une activité ou de soi par exemple)
  • et la réflexion autour d’approches possibles pour anticiper une situation similaire (pour s’améliorer ou faire en sorte que cela se passe mieux).

Ce moment a également été très fort pour certains qui se sont re-plongés dans des situations où des émotions fortes étaient impliquées et parfois vieilles de quelques années. N’étant en aucun cas thérapeute, j’en ai invité certains à expérimenter l’outil sur des situations moins lourdes dans un premier temps.

Mais cela fait m’interroger sur le cadre que ces étudiant·e·s ont ou n’ont pas, justement, pour échanger et comprendre des situations émotionnellement complexes. Quel accompagnement offre-t-on dans le cercle privé ou scolaire pour naviguer dans la complexité des relations interpersonnelles ?

Fin du cours :

J’ai introduit les étudiant·e·s à la pensée complexe et aux différentes façons de construire de la connaissance (en science). Au lieu de vous faire un cours sur ces thématiques, je vous partage ce qu’en retiennent les étudiant·e·s. En leur demandant avant et après le cours les mots qu’ils associent à la notion de pensée complexe, les deux nuages de mots ressortent :

Avant introduction à la pensée complexe

Après introduction à la pensée complexe

 

 

 

 

 

 

 

 

Une des questions posées en début et fin de cours était sur les éléments que l’étudiant·e estimait important dans la construction de sa propre vision du monde. Voici les différences avant et après :

« Je pense que ma vision du monde s’est construite en fonction de : »

On constate notamment qu’après le cours, les étudiant·e·s voient plus d’éléments impliqués dans la construction de leur vision du monde. Les éléments les plus importants sont les rencontres, l’éducation parentale, les voyages et la scolarité.

Cette question pourrait aussi être comprise comme suit : quels sont les éléments qui ont construit la personne que je suis aujourd’hui. Les éléments proposés en réponse peuvent véhiculer des valeurs qui sont des paramètres définissant notre vision des choses. Par ailleurs la vision du monde d’une personne peut être assimilée à la représentation que celle-ci se fait de la réalité et donc définit son individualité. N’oublions pas de préciser que notre individualité est un processus évolutif, et valeurs, visions et représentations sont amenés à changer en fonction de nos expériences personnelles.

 

Aux étudiant·e·s ayant suivi ce premier essai du cours « Penser des mondes de pensées », merci pour votre attention, votre capacité à échanger sur ces sujets et pour vos retours me permettant de peaufiner pour les prochains !

 

Et vous, souhaitez-vous faire vivre cette expérience à vos étudiant·e·s ou employé·e·s ? N’hésitez pas à me contacter !

 

 

 


1 commentaire

Maxime · juillet 3, 2018 à 19:10

Intéressant tout ça ☺ j’espère que d’autres étudiants pourront dans le futur en profiter ^^

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