J’ai découvert l’utilisation du portfolio dans l’enseignement supérieur à travers une mission auprès d’un groupe d’enseignant·e·s ayant mis en place un portfolio pour évaluer les compétences visées dans le Mastère Spécialisé en Eco-ingénierie porté par les écoles de Toulouse INP.

Un portfolio est à la fois une démarche et un outil permettant à un ou une apprenant·e de s’interroger sur son apprentissage et ainsi connaitre et être à même de montrer ses capacités.

L’enseignement vit un chamboulement depuis quelques décennies où l’enseignant·e est de moins en moins la personne détenant le savoir mais est amené à se positionner plus comme un·e guide sur lequel l’apprenant·e peut compter pour évoluer dans son apprentissage.

“Become a guide on the side instead of the sage on the stage”

Janice A. Smith, Ph.D. Karuta project

Un portfolio est plus communément connu dans le milieu artistique. A travers son portfolio ou ‘book’ l’artiste expose ses différents travaux et montre son processus créatif. Dans les années 80, le milieu scolaire américain s’est emparé du concept pour répondre à la standardisation de l’approche par compétences. En effet, l’enseignement tend à se détacher de la simple acquisition de connaissances pour élargir le champ de l’apprentissage à des savoir-faire et savoir-être dont le développement est difficilement démontrable à partir d’un travail fini. Le portfolio se concentre sur le processus de développement de compétences : c’est donc avant tout une démarche dans laquelle l’apprenant·e s’engage.

Aujourd’hui la démarche est très courante dans les formations professionnalisantes (formations des enseignant·e·s, école d’infirmier·e) étant donné leur adoption plus rapide d’une approche centrée sur des compétences professionnelles et donc sur l’analyse de pratiques. L’enseignement supérieur, tous secteurs  confondus, s’empare de plus en plus de la démarche portfolio afin de donner du sens à l’approche par compétences et de placer l’apprenant·e au coeur de son processus d’apprentissage.

L’utilisation du mot apprenant·e n’est pas anodin. Il a été choisi pour englober tous les types d’apprentissage et ce même en dehors d’un système éducatif. En effet, on apprend tout au long de la vie et un portfolio peut être mis en place dans différents contextes : les études, la vie professionnelle, les loisirs ou encore la vie personnelle voire intime. Il s’agit de tirer des enseignements de chacun·e de nos expériences de vie.

La démarche

Il est important de bien distinguer la démarche portfolio du support (ou l’outil) qui va recueillir les traces d’apprentissage et de la réflexion autour de ceux-ci.

Les traces d’apprentissage sont le point de départ. Issues d’expériences vécues par l’apprenant·e, elles sont collectées, sélectionnées, structurées et décrites. Ce sont les produits.

Vient ensuite la dimension réflexive où l’apprenant·e prend du recul sur ses apprentissages (qu’est-ce que j’apprend ?), fait des liens entre ses différents apprentissages et peut soumettre son analyse à ses pairs ou enseignant·e·s. Il s’agit du processus qui doit inclure l’apprenant·e, les enseignant·e·s et les pairs pour un meilleur ancrage des apprentissages. Cette réflexivité devient un nouvel objet d’évaluation et de construction de l’apprentissage.

La démarche réflexive mène à la mise en évidence d’une évolution. L’apprenant·e fait état de son avancement (auto-positionnement, choix de carrière professionnelle, choix de continuer une certaine activité ou non, identification de lacunes et de pistes de développement personnel, …) et/ou il peut lui être demandé de répondre aux attentes de son institution (évaluation de compétences académiques, professionnelles, …). C’est la phase du progrès qui permet de voir si le portfolio répond aux objectifs posés (par l’institution ou par l’apprenant·e).

L’objectif principal d’une démarche portfolio est de permettre à l’apprenant·e de « s’approprier ses travaux en vue de construire activement son apprentissage (Paulson et Meyer, 1991)”. Mais différents types de portfolio existent avec des objectifs différents : acquérir des connaissances et des compétences, évaluer les acquis de la formation, se développer personnellement, se développer professionnellement, présenter et valoriser son parcours. La démarche mise en place peut avoir différents objectifs tant qu’ils ne sont pas en contradiction.

C’est la démarche qui permet d’atteindre les objectifs. Le support choisi est au service de la démarche.

Le support

Cette démarche est recueillie tout au long de la période visée sur un support : classeur, cahier, outils de e-portfolio (Karuta, Mahara, Digication, Pathbrite, …), outils numériques permettant le partage de données (wordpress, prezi, wix, one note, portfoliobox, …), … La période d’élaboration peut-être sur une année, la durée d’une formation ou une période plus longue, voire tout au long de la vie, car on apprend sans cesse !

On peut également appeler le support du portfolio :  ‘environnement personnel d’apprentissage’.

Quelques éléments concernant le support d’un portfolio sont à retenir :

  • Propriété intellectuelle de l’élève : un portfolio appartient à son auteur·e et le ou la représente, il est construit PAR l’apprenant·e et non pas sur lui ou elle.
  • Outil de consignation : le support accueille à la fois les traces d’apprentissage (collectés, sélectionnés, décrits) et la démonstration de la réflexion autour des travaux (analysés, mis en lien, évalués)
  • Formes variables : le portfolio peut prendre différentes formes et être sur support papier ou support numérique. Réaliser son portfolio stimule la créativité !
  • Evolutif au cours du parcours : l’apprenant·e remplit progressivement l’outil supportant le portfolio. C’est ainsi que le progrès peut-être pertinent.

 

Mes différents portfolio
Bibliographie

 

Articles à venir :

  • Portfolio et compétences
  • Portfolio et accompagnement
  • Portfolio et développement durable


1 commentaire

Penser des mondes de pensées – Kohereco · juin 15, 2018 à 12:18

[…] « Cahier de pensées » conçu selon le déroulé des ateliers et à l’image d’un portfolio. Après chaque atelier, chaque étudiant·e prenait un temps de réflexion pour poser à […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

S'inscrire à la lettre cohérente

S'inscrire