Après 1 an d’activité dans la formation au développement durable, je vous livre enfin ma définition du développement durable. Elle s’est construite à travers mes études, mon expérience auprès de personnels enseignants et mes interactions avec mon environnement.

Je m’appelle Agathe Peyre, et non pas « développement durable » ou « zéro-déchet » ou « la fille bio ». Ok mon mode de vie est peut-être différent du votre mais ce n’est pas une raison pour mettre sur mes épaules tous les sujets liés à l’environnement.

Vous avez dit environnement ?
Vous allez être déçus. Le développement durable n’est pas une question de protection de l’environnement. Hein, quoi ??

Laissez moi vous raconter une histoire.

Il était une fois une étudiante en école d’ingénieur·e·s. Elle avait choisi la filière Environnement. Et c’est pendant un cours sur l’agenda 21 qu’elle eut une révélation. Une diapo de cours lui présentait le développement durable. Elle découvrait les 3 piliers : environnement, social et économie. Ainsi que les 5 finalités d’un agenda 21 (plan d’actions d’un territoire pour mettre en application le développement durable à l’échelle locale) :
– La lutte contre le changement climatique, protection de l’atmosphère
– La préservation de la biodiversité, des milieux et des ressources naturelles
– L’épanouissement de tous les êtres humains
– La cohésion sociale entre territoires et générations
– Le développement suivant des modes de production et de consommation responsables

Après ce cours, la vie de cette étudiante a changé. Le concept qu’on lui présentait donnait une vision à atteindre pour changer le monde. Et changer le monde était justement ce qu’elle voulait faire.

Malheureusement, elle constata que ses camarades de classe étaient pour la plupart beaucoup moins enjoués qu’elle. Elle ne comprenait pas bien.

Il s’est alors produit quelque chose d’étonnant. Alors qu’ils étaient toutes et tous étudiant·e·s de la filière Environnement, alors qu’ils avaient suivi le même cours, ses camarades commencèrent à la désigner automatiquement lorsque le sujet des déchets était cité. Elle avait manifesté son intérêt pour le concept de développement durable et les personnes autour d’elle la plaçaient dans la case « Elle va travailler dans la gestion des déchets ». Etrange phénomène qui dure encore aujourd’hui.

L’histoire continue quand la même étudiante décide de continuer ses études après son diplôme d’ingénieure. Elle s’engage dans une formation continue en Education au Développement Durable. Elle découvre les autres piliers du développement durable : la gouvernance, la culture… et la différence entre durabilité faible et durabilité forte.
Deuxième révélation : le développement durable n’est pas un concept, c’est un changement de paradigme (ou changement de pensée dominante).

Hein, quoi ?
Oui développer des sociétés de façon durable n’est pas un concept, c’est une volonté subjective, concrète, contextualisée, incertaine dans sa possibilité de réalisation. On ne peut réduire le développement durable à une seule représentation mentale.

Concept (au sens usuel) : « Représentation mentale abstraite et générale, objective, stable, munie d’un support verbal. »

Et pourtant c’est ce que l’on fait. Quand on dit ‘développement durable’, vous viennent sans doute des images de recyclage, d’éoliennes, de panneaux solaires ?

L’étudiante que j’ai été aimerais vous dire quelles images elle met derrière le terme de développement durable.

?♥♣♦

Le développement durable est une opportunité pour s’interroger sur ses représentations et son mode de vie, s’émerveiller de ce que la nature environnante et la nature humaine ont à offrir, se positionner par rapport à des choix et des questions de société en fonction de ce qui nous parait bon (ses valeurs et croyances) et agir pour le monde que l’on souhaite connaitre (mettre en application ses valeurs selon une certaine vision du monde). Ce cheminement doit d’abord être fait à l’échelle individuelle (connaissance de soi) pour mieux être confronté à d’autres visions par la suite. C’est la diversité des points de vue qui fait la richesse du collectif.

Valeurs, cohérence et sens

Chemin de la connaissance de soi – Cap de Bonne espérance – Agathe Peyre – 01/12/2017

Le développement durable est une recherche de cohérence entre nos pensées, nos paroles et nos actes. Avant d’agir il est, selon moi, indispensable que l’individu connaisse ses valeurs personnelles : ce qui est important pour elle ou lui, ce que lui ou elle souhaite profondément.

Nos valeurs sont ce qui nous fait se lever le matin, ce qui nous fait vibrer, ce pour quoi nous sommes prêt·e·s à sortir dans la rue ou à se battre. Et si nous agissons en accord avec nos valeurs, il est fort possible que notre action ait plus d’impact et dure plus dans le temps (en plus de nous apporter un sentiment de bien-être). Combien de personnes ai-je entendu me dire « ah oui, moi aussi j’ai été comme toi, écolo et tout, et finalement j’ai arrêté ». Je ne comprenais pas bien comment on peut revenir en arrière sur un choix de vie qui est plus respectueux de soi et de l’environnement. Mais en fait, je comprends aujourd’hui que ces ‘écolos’ reconvertis n’ont pas agi pour les bonnes raisons ou sans suivre des valeurs permettant d’ancrer leurs choix dans la durée. Par exemple, il est tout à fait possible, que des choix tels que le végétarisme, le zéro déchet, le Do it Yourself, l’abandon de la voiture soient altérés. Ceci peut être due à différents éléments :

  • Les circonstances ont changées (et il se peut que la personne modifie son habitude à contre-coeur),
  • La raison du choix était le fait de suivre une ‘mode’,
  • Une autre valeur que la protection de l’environnement ou la préservation de sa santé est devenue plus forte : la reconnaissance sociale, l’appartenance à un certain groupe de personnes ou la réussite personnelle par exemple.

Une fois ses valeurs clarifiées, l’individu peut se demander leurs liens avec les valeurs du développement durable (universalisme et bienveillance selon ma conception du terme) ou avec les valeurs de son entreprise, de son entourage… ceci dans un soucis de toujours mettre plus de sens dans sa vie.

Mouvement et complexité

Vue de Paris depuis le toit de l’Arc de Triomphe – Agathe Peyre – 13/01/2018

Le développement durable appelle au mouvement et à accepter l’impermanence des acquis et du système en place. Rien n’est figé, tout se transforme, même nos valeurs. Il ne faut pas avoir peur d’interroger les choses que l’on pense acquises et de les remettre en perspective, les re-contextualiser afin de mieux les comprendre, les accepter ou les refuser, les appliquer ou les défaire.

Le développement durable donne sa place à la complexité. Construire un monde durable nécessite de prendre en compte tous les acteurs avec leur situation, leurs enjeux et leur histoire ainsi que les interactions qui les lient entre eux. Nous sortons de la linéarité, une situation ne donne pas lieu à une seule conséquence ou solution. Ce regard à travers la complexité invite à accepter et transformer en opportunité l’incertitude, l’ambivalence et la relativité.

Paradigme : « conception théorique dominante ayant cours à une certaine époque dans une communauté scientifique donnée, qui donne les types d’explication envisageables, et les types de faits à découvrir dans une science donnée. » (CNRTL, 2016)

Extrait du livre Complexité : Fondamentaux à l’usage des étudiants et des professionnels, Jean-Yves Rossignol

Le développement durable en tant que changement de paradigme appelle à mettre la complexité à la base de la pensée dominante. Aussi disruptif que cela puisse paraitre, il est urgent de l’accepter et arrêter de penser que le développement durable est réservé à quelques concerné·e·s. Vous êtes concerné·e autant que moi. Car, non, il ne s’agit pas de la protection de notre planète mais bel et bien de notre survie sur cette planète et dans les systèmes associés (humains et non humains).

Photo from Unsplash by Jeremy Beck

 


2 commentaires

Pourquoi j’utilise le terme de développement durable ? – Kohereco · mai 1, 2018 à 14:06

[…] découvert le terme tel quel, il me semblait évident d’utiliser le même terme (mais avec une définition peut-être un peu plus […]

Pour un monde constructif – Kohereco · juillet 2, 2018 à 16:05

[…] je le disais ici, le changement de paradigme que nous vivons nécessite d’accepter l’incertitude, […]

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